Aston Martin Vantage

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Boarf ! positivons, ça laisse un peu plus de temps pour faire connaissance avec la première vraie nouvelle sportive badgée Aston depuis 13 ans. Pour tout dire, ce n’était pas comme ça que Gaydon avait prévu les choses initialement. Non, à la base, pour présenter son nouveau bébé à la presse, Aston Martin avait organisé une grosse opération mêlant piste et route autour du circuit de Portimao. Mais… ça nous a semblé un peu trop convenu. Si vous voulez réellement savoir ce que vaut une voiture, repérer ses défauts et apprécier ses qualités, rien ne vaut un petit voyage surprise avec pour destination l’inconnu. C’est pourquoi, sur la route de Portimao, nous avons tourné à droite à un moment où le GPS nous demandait de prendre à gauche – à moins que ce soit l’inverse – pour nous retrouver à Gibraltar. Et nous voilà sur un bateau direction Tanger à nous demander ce qui nous a pris.

La nouvelle Vantage n’est plus une rivale directe de la 911 (pour peu qu’elle l’ait jamais été…). C’est désormais une supersportive de 510 ch dont le tarif attaque à plus 155 000 €. Mais surtout, elle se permet un look bien plus extraverti maintenant que la grande sœur DB11 (à qui elle emprunte son châssis aluminium raccourci) occupe clairement la case plus relax. Trop tôt pour une métaphore James Bondesque ? Tant pis… La DB11 a un côté Pierce Brosnan : classe mais sobre, mesurée, pas un cheveu qui dépasse. La Vantage, c’est Daniel Craig ! Classe aussi mais on sent bien la teigne dès le premier regard avec ses muscles saillants et son air renfrogné qui ne donne pas envie de s’y frotter.

OK, stop ! On ne peut pas continuer comme ça, comme si de rien n’était, faire semblant… Il faut crever l’abcès tout de suite et parler de ce qui a failli faire sauter l’Internet mondial et a divisé en deux camps chaque forum automobile sur la planète à la découverte de cette nouvelle Vantage. Non, pas le biturbo. Ni le V8 4,0 l d’origine AMG qu’ils alimentent. Non, je parle de cette gueule de squale béante héritée de la Vulcan, subtilement mise en valeur par un grand coup de surligneur. À mon avis, le designer a dû laisser traîner ses roughs chez lui et son fils de 4 ans qui passait par là s’est dit que la voiture de papa irait bien plus vite avec du vert fluo devant. Et derrière… bah oui, le diffuseur a subi le même traitement. Si vous avez encore les yeux qui piquent, rassurez-vous, il paraît qu’on s’y fait. Personnellement, je n’ai pas eu besoin, je trouve sa ligne splendide. Affûtée, sculpturale… Vous n’aimez pas le vert fluo ? Aston devrait pouvoir vous en débarrasser si vous demandez gentiment. Mais pour le reste, avouez qu’on est devant un dessin sublime. Une vraie bête…

… mais qui n’impressionne en rien les trois douaniers sceptiques devant les papiers de la voiture. Je tente bien d’expliquer à l’aide d’un exemplaire du magazine que mon boulot consiste à voyager à travers le monde entier dans des voitures que je ne pourrai jamais m’offrir, mais sans résultat. Jusqu’à ce qu’on finisse par nous laisser passer après nous avoir confisqué une caméra. Humpfff !

Notre objectif est toujours de passer la nuit à Casablanca, à près de 350 km de là, mais pour ce faire il nous faut d’abord traverser Tanger où la circulation se place entre celles de Rome et celle de Paris. C’est le Grand Bluff ! C’est généralement le moins hésitant qui passe et les règles de conduite, comme les freins, sont la marque des faibles. Et pour couronner le tout, nous n’avons pas de navigation. Le système de la Vantage ne dispose que d’une carte européenne, et comme nousavons changé de continent, ça me reviendrait moins cher d’acheter une voiture avec GPS et chauffeur juste pour nous guider que de lancer la navigation sur mon portable…

La bonne nouvelle, c’est que la Vantage est géniale. Elle répond parfaitement aux sollicitations “en urgence” de l’accélérateur, la pédale de frein a été placée à merveille pour une gestion du pied gauche et la boîte est bien réactive. Mais il est temps de nous éloigner de la côte, l’occasion pour notre Aston plus franchement “Baby” de goûter aux joies du sublime réseau autoroutier marocain. Les rubans d’asphalte sont de véritables billards, il n’y a pas de radar et la discipline qui pousse les autres automobilistes à dégager la file de gauche force mon admiration. Jusqu’à ce que Lee, le pousse-bouton confortablement installé à la place du passager, me fasse remarquer que moi aussi je « dégagerais vite fait de là en voyant un ovni au museau vert fluo remplir mon rétro ». Pas faux. Calée au régulateur depuis quelques kilomètres (et la clim coupée), la Vantage affiche un petit 11,5 l/100. Un appétit raisonnable. À la différence du mien… J’AI FAIM !!!

Repue de quelque 50 l de sans-plomb payés 250 dirhams (un peu plus de 22 €…), l’Aston avale les kilomètres. Repu d’un tajine à se damner pris au resto à côté de la station, je m’émerveille des qualités de la Vantage. Toujours aussi raffinée, les bruits de roulement sont bien moins présents que dans une 911 et elle se montre étonnamment stable à grande vitesse malgré un empattement raccourci et bien moins d’aéro compliqué que sur la DB11. On pourrait bien être à Casablanca avant minuit.

Malheureusement, si les autoroutes marocaines sont irréprochables, on ne peut pas en dire autant de leurs péages. Les gars vous voient (et vous entendent) arriver en Aston Martin avec des plaques anglaises et bingo, c’est jour de paie ! Bizarrement, ma carte bleue ne passait nulle part, bizarrement la Vantage était systématiquement entourée de cônes jusqu’à ce que nous ayons payé un “supplément”, et… bizarrement, je n’ai jamais eu de reçu.

C’est finalement vers deux heures du matin que nous arrivons à Casablanca. Le peu de temps passé à circuler dans la ville pour atteindre notre hôtel nous aura appris deux choses. Premièrement, la Vantage s’est montrée étonnamment agile en mode slalom urbain pour éviter les innombrables nids de poule, et puis… a priori, ici les feux rouges sont plus à considérer comme des objets de décoration. Ce qui nous a permis de confirmer la bonne visibilité offerte par l’Aston ET la réactivité de son freinage.

Le lendemain matin, nous quittons Casablanca avec pour destination la raison de notre venue, le col de Tizi n’Tichka, qui fait la liaison entre Marrakech et Ouarzazate à travers l’Atlas.

Par rapport à la GT DB11, la Vantage est clairement plus rigide, mais elle est amortie à la perfection. En fait, elle corrige l’un des plus gros problèmes qui touchaient l’intégralité de la production Aston Martin de ces dernières décennies (excusez du peu…) : toutes les Aston se ressemblaient. Mais celle-ci est bien plus identifiée, elle a sa propre personnalité, dont une suspension qui n’a pas à rougir face à certaines productions très TRÈS sportives de Stuttgart (qui a dit GT3 ?!?), notamment une vraie capacité à absorber les grosses compressions sans broncher.

Je profite de la route qui nous mène à Marrakech pour apprécier l’écrin dans lequel je voyage. La position de conduite est parfaite et le siège marie brillamment soutien ferme du dos et confort appréciable au quotidien, le tout dans un habitacle raffiné et moderne mais pas dénué de défauts. À commencer par l’absence de boîte à gants. Mais aussi les écrans, également en provenance de la DB11, qui ont toujours quelques problèmes de résolution… Youhou, les gars, fini les gros pixels, on en est à l’ère des écrans OLED !

Comme vous le savez peut-être, à l’occasion d’un film à petit budget baptisé Spectre, le réalisateur Sam Mendes avait collaboré avec Aston pour offrir à Daniel Craig une DB10 très James Bondesque réservée aux services secrets de Sa Majesté qui donnait des pistes pour la future Vantage. Pour ma part, je préfère la version de série à la James Bond (c’est vous dire si je l’aime cette Vantage), mais l’habitacle a eu une poussée d’acné. Attention, ne vous méprenez pas, j’aime les boutons. En tous cas, je les préfère aux touches virtuelles des écrans tactiles car on peut les sentir et ils sont moins sensibles aux traces de doigts. Mais était-il nécessaire de séparer en deux boutons le switch du blocage de différentiel ? Était-il indispensable de placer le bouton SOS-Oups-je-viens-de-me-planter-en-rase-campagne juste à côté du contrôle de traction ? Nan, tout ça aurait pu (dû ?) être simplifié.

Mais je chipote, les fondamentaux sont là. Ça respire la bonne qualité de fabrication, personne ne travaille le cuir comme Aston Martin, le système d’infotainment et les pédales Mercedes sont élégamment intégrés et l’ensemble est plus valorisant que dans une 911 ou une 570S et plus exclusif que dans une R8. Et à ce prix-là, c’est bien le minimum…

La traversée de Marrakech se fait dans une tornade de couleurs et d’odeurs qui donne envie de revenir. En revanche, la façon d’envisager le Code de la route ici ferait passer Tanger pour un circuit-école de la sécurité routière. La Vantage s’en sort indemne et nous traçons vers le sud en réalisant à quel point Aston a su conserver la réactivité rageuse du V8 biturbo AMG tout en lui offrant une bande son plus riche, entre Bullitt et Liam Gallagher.

Même si elle a parfois un peu de mal à lisser le passage entre la “une” et la “deux”, la boîte auto 8 rapports fait un excellent travail pour envisager une utilisation quotidienne et se montre très efficace quand on cravache. Elle permet notamment d’effectuer le 0 à 100 km/h en 3,6 s. Vitesse de pointe ? 320 km/h. Franchement, vous avez besoin d’aller plus vite ?

Le temps change alors que nous attaquons la montagne, le soleil disparaît derrière d’épais nuages puis le grésil précède une pluie glaciale. Une petite teigne turbocompressée posée sur un empattement court devrait être cauchemardesque dans ces conditions mais la Vantage dispose de deux avantages techniques. Le premier : Aston a résisté aux sirènes de la direction ultradirecte. Il faut 2,4 tours de butée à butée – soit environ un demi-tour de plus que la majorité de la concurrence. On a moins de risque de voir l’arrière tenter de passer devant sur un coup de volant, du coup les virages se prennent plus de manière plus sereine. Et même vite avec le moteur en position centrale avant qui imprime tranquillement le mouvement et le différentiel électronique à l’arrière – une première sur une Aston – qui offre une traction impressionnante.

La direction de la précédente Vantage était hydraulique et, pour les fétichistes du feeling, il n’y a rien de mieux. La nouvelle a opté pour l’assistance électrique et, on ne va pas se mentir, même si elle est bien calibrée, ça manque un peu de consistance et d’infos. Mais ce n’est que la seconde Aston à en disposer et celle-ci est l’une des premières Vantage (châssis n° 39). Nous étions un peu réticents quand Porsche a équipé sa 911 d’une direction à assistance électrique. Sept ans plus tard, c’est splendide et je doute qu’Aston mette sept ans à rattraper son retard.

Tizi n’Tichka aussi est splendide et elle pourrait bien être la plus belle route du monde… quand elle sera terminée. Régulièrement, la route s’enroule autour d’une paroi rocheuse et hop ! le bitume laisse la place à un mélange de terre, de gravier et d’ardoise. Le combo parfait pour une Vantage tentée de s’envoler au détour d’une épingle au cœur de l’Atlas.

Quel châssis ! Je suis passé en mode Track avec les suspensions en Sport Plus via les commandes au volant. Les mouvements de caisse sont toujours gérés à merveille mais les réactions sont plus affûtées et, sur une route aussi lisse qu’un béton ciré sur la dernière partie avant le sommet, l’ESP au minimum (l’éteindre eût été un poil optimiste) autorise quelques miniglisses en sortie de virage. C’est pointu, sain, consistant, super sérieux et… plus maniable qu’une AMG GT. Du bonheur !

Malheureusement, impossible d’en profiter à sa juste valeur. Le bitume continue de disparaître ponctuellement de sous nos roues et, histoire d’être complets, les nuages qui nous avaient un peu oubliés reviennent à la charge et le ciel est tellement couvert qu’il fait quasiment nuit lors de notre descente vers Ouarzazate, le point le plus au sud de notre voyage. Le compteur devrait passer les 2000 km à notre retour sur Tanger.

D’ici là, nous gardons l’espoir de trouver une route d’anthologie pour notre Aston. Et la voilà. Pas une route, LA route ! Au cœur des gorges du Dadès, au nord-est de Ouarzazate. Autrefois, ces canyons de grès orangé étaient des récifs coralliens grouillants de vie sous la surface de la mer. Mais ça, c’était avant. Avant que quelques millions d’années de boogie-woogie tectonique mettent tout ça à sécher au soleil. Puis que le Dadès, un cours d’eau, prenne quelques milliers d’années pour creuser et sculpter ces montagnes. Et enfin que, il y a quelques années à peine, l’homme décide de poser (avec génie) un ruban d’asphalte sur ces contreforts.

La Vantage le dévore. Ses rugissements se répercutent sur les parois au fil des virages et les habitants des villages qui jalonnent la route, ameutés par ce bruit, s’agglutinent sur le bord et saluent le passage de cette furie argentée (au nez peint au Stabilo) comme des fans de Groupe B avant de la voir disparaître à jamais.

Dans notre boulot, il faut souvent faire deux, trois, cinq, dix passages au même endroit avant que le photographe soit satisfait de ses images. Parfois, ça peut être un peu pénible. Mais quand on vous demande de multiplier les passages sur les meilleurs spots des gorges de Dadès au volant d’un engin de ce calibre, c’est à se demander pourquoi personne ne nous demande de payer pour faire ce métier (note à mon patron : ceci est une tournure de phrase, chief !). De son côté, la Vantage cliquette tout ce qu’elle peut et les freins surchauffés (mais qui n’ont jamais faibli) dégagent une odeur qui se mêle à celle des pneus pour tenter de voler la vedette aux volutes de cuir. Bref, je ne l’ai pas ménagée, mais ça ne semble pas l’avoir effrayée. Je crois même qu’elle a vraiment aimé ça et qu’elle n’attend que d’y retourner. Après trois jours passés avec elle, je suis étonné par son efficacité, l’étendue de ses capacités et sa facilité de prise en main. Souvent, les nouvelles Aston ont nécessité quelques années avant d’atteindre leur maturité, les acheteurs des premières séries faisant presque office de clients/testeurs/metteurs au point. La Vantage est différente. Elle est déjà prête. J’ai hâte de voir ce que ça va donner avec un V12 et/ou quelques kilos de moins…

Nous savourons la magnificence des gorges de Dadès, conscients qu’entre nous et le ferry se trouvent près de 1000 km de paysages désertiques, de péages TRÈS onéreux et de zones urbaines à la circulation anarchique. Vu d’ici, la route retour a des airs de Mad Max : Fury Road, mais la Vantage a l’air prête à en découdre. Elle est arrivée ici sans une égratignure, elle nous mènera à bon port dans l’autre sens.

On s’offre même un détour en passant par Errachidia puis direction le nord et Meknès avant Rabat et Tanger… métamorphosé ! Le personnel des péages est adorable, le trafic fluide, le temps radieux ! On dit que la première impression est toujours la bonne… il nous en faudra une troisième (l’occasion de revenir, yes !).

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