Le carburant de synthèse pour les cancres (et pour vous aussi…)

Les carburants de synthèse, ou eFuel, vont peut-être bientôt déferler sur le monde, alors soyez prêts ! (mais on a dit peut-être, hein...)

| Publié le : 14 mars 2023

Avec l’offensive Allemande, Porsche en tête, vous allez de plus en plus entendre parler du carburant de synthèse. Autant savoir de quoi ça cause, nan ?

Qu’est-ce qu’un carburant de synthèse ?

Un carburant de synthèse, ou eFuel, ou essence synthétique, est un carburant né de l’assemblage des molécules qui composent un hydrocarbure à partir de sources renouvelables. L’idée est de remplacer les carburants classiques issus du raffinage du pétrole. Une énergie fossile qui finira bien par se tarir un jour (même si ça fait déjà des décennies qu’on nous annonce que la fin est proche).

Comment produit-on un carburant de synthèse ?

Ah ! En voilà une question qu’elle est bonne. Si on simplifie le process au maximum, on commence par de l’eau (H2O pour rappel) dont on sépare l’hydrogène et l’oxygène par électrolyse. L’oxygène est relâché, l’hydrogène (H2) est conservé puis combiné à du CO2 capté dans l’air pour en faire du méthanol. Du CH3OH pour les intimes. Le méthanol peut ensuite être transformé grâce à des additifs en différents carburants : essence, diésel et même kérosène.

Le carburant de synthèse est-il polluant ?

Oui… mais non. En tout cas pas en CO2. Ou presque. Comme tout carburant, la combustion de carburant de synthèse rejette des polluants, dont du CO2. Mais comme la quantité de CO2 rejetée est sensiblement équivalente à celle captée pour produire le méthanol, l’opération est quasiment neutre. En tous cas en CO2…

Quelle voiture peut rouler au carburant de synthèse ?

Techniquement, on nous affirme que n’importe quel moteur thermique peut rouler au carburant de synthèse sans la moindre modification. Il serait même possible de mélanger carburants « classiques » et de synthèse dans le même réservoir à n’importe quel taux. Et le eFuel pourrait être distribué par le réseau de carburant existant. Sur le papier, les 1,3 milliards de véhicules thermiques de la planète pourraient donc rouler au eFuel à partir de… demain.

Ok, donc y’a qu’à remplacer l’essence par le carburant de synthèse.

Oulah… tout doux, bijou ! Si au premier abord, on peut croire à la solution miracle, dans les faits c’est un poil moins rose.  Pour commencer, le process de production de eFuel est très TRÈS énergivore. Pour extraire l’hydrogène, il faut de l’eau. BEAUCOUP d’eau. Et aussi BEAUCOUP d’électricité pour l’électrolyse. Évidemment, pour que ce carburant soit considéré comme propre, il faut que sa production le soit aussi. Si vous devez assécher des rivières et faire tourner un EPR pour produire un litre de carburant de synthèse, c’est gênant. C’est pourquoi le consortium dont fait partie Porsche (avec ExxonMobil et Siemens Energy, entre autres) a décidé d’installer son usine pilote au Chili.

Au Chili ?!?

Oui, la côte Pacifique et le climat en font une destination de rêve ! Attention, on ne parle pas farniente dans un transat, un mote con huesillo à la main. Premièrement, l’océan offre des ressources illimitées en eau, même s’il faut la désaliniser avant. Une opération également énergivore mais c’est là que la magie du Chili opère. Sur le plateau où elle est installée, l’usine d’Haru Oni est alimentée en électricité par une éolienne qui tourne à son rendement maximum 280 jours – et nuits – par an. Contre largement moins de 100 jours par an chez nous. En 2023, l’usine devrait produire environ 750 000 litres de eMéthanol dont 130 000 litres devraient être transformés en eFuel. Puis, en augmentant le nombre d’éoliennes, selon les projections la production devrait atteindre 55 millions de litres de carburant de synthèse en 2025 et 550 millions en 2027 avec 380 éoliennes. Des chiffres intéressants mais qu’il faut tout de même mettre en perspective. En 2022 la France seule a consommé 50 milliards de litres de carburants routiers. Bref, on n’est pas sortis du sable.

Combien coûte ce carburant de synthèse ?

Décidément, c’est le défilé des bonnes questions ! Vous voulez mon boulot ou quoi ? Bon, c’est probablement là que le bât blesse. À ce jour, difficile d’obtenir une réponse claire, on est sur une phase de test de faisabilité préliminaire avant pré-lancement ou un truc comme ça mais… on peut estimer le prix du litre à… au moins une dizaine d’euros. Euh, vous êtes tout bleu là. Respirez, ça va bien se passer. Si la feuille de route est tenue, on devrait très rapidement tomber à 2 euros le litre, voire moins. Plus acceptable mais toujours bien plus cher que le bon vieux sans-plomb qui revient à environ 65 centimes d’euros. Oui, pour rappel les 2 euros que vous payez à la pompe, ce sont principalement des taxes. D’un autre côté, si le lobby du carburant de synthèse fait bien son boulot, les taxes sur le eFuel devraient être minimes et il espère même obtenir des aides, au moins sur une période de lancement.

Le carburant de synthèse, pour qui ?

Et oui, on en arrive évidement à cette question, pour qui ? Dans un premier temps, pour ce qui est de la production d’Haru Oni destinée à Porsche, elle sera réservée à la compétition. Aux Porsche 911 GT3 Cup du championnat Supercup pour être précis. Bref, la production initiale sera brûlée à des fins de communication pour prouver au monde que ça fonctionne, que c’est performant… bref, que c’est faisable si l’initiative est soutenue, surtout politiquement. Et il faudra que cette communication fonctionne car les choses sont claires, sans aides gouvernementales, cette solution a peu de chances d’exister commercialement. Et objectivement, même à long terme et en admettant que la greffe prenne, ce genre de carburant sera très probablement réservée à une minorité. À partir de là, un peu comme le phénomène des collectionneurs, on peut voir ça sous l’angle un peu franco-français du « salauds d’riches », ou comme la possibilité qu’ont certains de préserver une part du patrimoine commun. On vous laisse choisir votre camp.

 

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