Italdesign Zerouno

Cinq exemplaires, 1,5 million d'euros : notre essai de la cousine haute couture des Audi R8 et Lamborghini Huracan

Jason BARLOW • Niels de GEYER | Le 3 janvier 2019 |

Note
globale

8
10

Modèle

Italdesign Zerouno

Prix : 1 500 000 € (est.)

Moteur

V10, 5204 cm3, transmission intégrale, boîte robotisée à double embrayage et 7 rapports, 610 ch, 560 Nm

Conso

NC

Performances

0 à 100 km/h en 3,2 s
330 km/h

Poids

NC

Verdict

Bien sûr, pour le prix d'une Zerouno, on peut s'offrir six Huracan Performante à la fiche technique quasi identique. Mais la première supercar d'Italdesign a un charme fou, et une exclusivité en rapport. Vivement la suite.

Qu’est-ce que c’est que cette chose ?

Si vous le voulez bien, commençons par un peu d’histoire : Italdesign a été fondé il y a cinquante ans par Giorgetto Giugiaro et son associé Aldo Mantovano, avant de tomber dans l’escarcelle de Volkswagen en 2015. La voiture que vous avez sous les yeux est la Zerouno, une déclaration d’intention à quatre roues. Conçue et réalisée en tout juste 14 mois, elle inaugure une série d’automobili speciali à venir chez le carrossier. Et si elle ressemble à une supercar hors de prix en petite série, c’est sans doute parce qu’elle vaut environ 1,5 million d’euros pièce, et que ses cinq exemplaires sont tous vendus.

Italdesign a beau être une légende, ce n’a jamais été un véritable constructeur. Qu’est-ce qui a changé ?

C’est vrai. Sauf peut-être quand il a mis en place une ligne de production pour la BMW M1 à la fin des années 70 (BMW avait développé cette voiture en coopération avec Lamborghini, à une époque où Sant’Agata confiait encore souvent l’assemblage à des sous-traitants). Mais laissons s’expliquer Filippo Perini, directeur du design (mais aussi ancien responsable du bureau du Centro Stile Lamborghini et papa de merveilles comme les Alfa Romeo Nuvola ou 8C Concept). « Nous voulions créer une voiture en série très limitée pour faire connaître le savoir-faire de l’entreprise. Les cinq exemplaires sont tous partis au prix que nous avions fixé, et cela a attiré d’autres clients, au-delà du groupe Volkswagen. Nissan pour le projet GT-R50, par exemple. C’est arrivé grâce à la Zerouno : ils ont vu que nous pouvions le faire. Cela nous ramène aux racines de la Carrozzeria : nous avons des idées, et nous avons aussi les moyens de les réaliser pour un client potentiel. »

Nous sommes partants si cela annonce davantage d’autos qui ressemblent à cet engin. C’est comme ça que cela se passait, autrefois, en Italie : avec une liasse de lires suffisamment épaisse, vous pouviez vous offrir une auto que personne d’autre n’avait dans son garage.

Italdesign appelle ça le « simultaneous engineering », une collaboration d’un bout à l’autre entre ingénieurs et designers. Oui, cela évoque indubitablement les grandes heures de la carrosserie italienne, qui a depuis perdu de son lustre (même si Touring et Zagato ont survécu et continuent à produire régulièrement des autos magnifiques). Le PDG d’Italdesign, Jörg Astalosch, souhaite aujourd’hui que l’entreprise puisse s’affranchir des commandes Volkswagen qui l’ont maintenue à flot. De 25 % de projets externes, il veut passer à 50 %. La Chine y contribuera inévitablement, mais pas seulement. Italdesign s’est ainsi chargé de dessiner les premières voitures du vietnamien Vinfast, et travaille avec Audi et Airbus pour un concept baptisé Pop.Up Next, une sorte de capsule électrique autonome qui peut s’accoupler à un drone pour survoler le trafic. Une voiture volante, rien que ça.

Pendant ce temps, sur la planète Terre…

Oui, bon. La Zerouno est une supercar de dessin animé. Du pur Perini : des coups de gouge un peu partout, des prises d’air, des dérives, un diffuseur, des stickers et tout un tas de petits appendices, même si la moitié inférieure sacrifie tout à l’aérodynamique. L’équipe de développement (dont fait partie Dindo Capello, ancien pilote Audi en LMP1 et triple vainqueur au Mans) a fait rouler les prototypes 40 000 km à Nardo et ailleurs, pour mettre à l’épreuve le concept et s’assurer que le monstrueux diffuseur arrière fonctionne vraiment. À l’avant, l’étrange groin et les prises d’air en Y permettent d’optimiser l’appui aérodynamique. Perini aurait préféré se passer d’aileron arrière, mais les clients y tenaient… La poupe sculptée laisse voir une portion significative des Pirelli en 305/30 ZR. « Nous la voulions nue, comme une ancienne voiture du Mans », explique un des gars d’Italdesign.

Qu’y a-t-il en dessous ?

La Zerouno est basée sur le châssis modulaire en aluminium qui a donné à Audi ses lettres de noblesse en tant que constructeur de voitures de sport. Le moteur est le V10 5.2 atmosphérique de l’Audi R8 et de la Lamborghini Huracan, et la transmission intégrale est elle aussi identique. Si la nécessité est mère de l’invention, il y a pire point de départ, d’autant qu’Audi Sport est partie prenante.

Ok, c’est joli et ça semble prometteur. Mais est-ce que ça marche vraiment ?

Le prototype que nous conduisons ne possède qu’un habitacle de fortune, ce qui est un peu perturbant alors que nous mettons le cap vers les collines. Mais nous avons vu la voiture définitive, et c’est une très belle ode à toutes les possibilités offertes par la fibre de carbone. Les graphismes de l’écran ont été créés sur mesure, jaune et bleu en référence à la ville de Turin. Les sièges sont excellents. Avant même d’avoir atteint l’autostrada, il est évident que l’engin a été assemblé avec soin. Evidemment, il faudrait être inconscient pour passer en vitesse lumière sitôt après avoir pris le volant d’une voiture comme celle-ci. Reste que rien dans la Zerouno ne suggère qu’elle nous mettrait dans le décor si l’on essayait. À cet égard, elle se rapproche de la R8 et de l’Huracan, qui font partie des supercars les moins intimidantes.

Certes, mais a-t-elle une vraie personnalité ? Pour 1,5 million d’euros, on est tout de même en droit de réclamer quelque chose de spécial…

Quatre centimètres plus basse qu’une R8, elle montre un caractère plus trempé. La suspension a été revue pour un toucher de route plus agressif, et la Zerouno est aussi plus prodigue en émotions que sa cousine Lamborghini. La boîte à sept rapports percute plus vite, et l’auto prend magnifiquement ses appuis. Italdesign n’a pas systématiquement poussé tous les curseurs d’un cran, mais la Zerouno est plus méchante, ça ne fait aucun doute. Et cet arrière de groupe C fait décidément son petit effet.

Quelle sera la suite ?

Cinq exemplaires d’une version Duerta découvrable sont dans les cartons à l’heure actuelle. En 2019, nous découvrirons aussi la Zerodue, dont les caractéristiques sont en train d’être finalisées. Après, il devrait y avoir à peu de chose près une nouveauté tous les deux ans. Italdesign a déjà attendu un demi-siècle pour produire des voitures portant son nom, alors il n’y a plus de temps à perdre.

Photos : Rowan Horncastle

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