L’unique Bentley Corniche a été reconstruite

Accidentée, bombardée, ressuscitée. La voiture la plus malchanceuse de l’histoire ?

La rédaction | Le 12 août 2019 |

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Tout commence à la fin des années 30, tandis que plane le spectre de la guerre. Le gentlemen driver grec André Embiricos, se fait faire une Bentley sur mesure, dessinée par le Français Georges Paulin et construite à Rueil-Malmaison par le carrossier Pourtout (duo qui vient alors d’inventer le coupé-cabriolet sur les Peugeot Éclipse).

Sa voiture se veut une réinterprétation plus sportive de la berline traditionnelle. Bentley, jaloux du résultat, veut la même et fait alors appel à Georges Paulin et la carrosserie parisienne Vanvooren. La Corniche – Rolls-Royce, propriétaire de Bentley depuis 1931, reprendra cette appellation trois décennies plus tard pour un coupé et un cabriolet – voit le jour en mai 1939, sur le châssis de la nouvelle Mark V (celle d’Embiricos était basée sur la précédente 4 ¼). Dès les premiers essais à Brooklands, elle franchit les 160 km/h. Mission accomplie, pensez-vous ? C’est sans compter sur la portée de chats noirs qui avait fait son nid dans le coffre.

La Bentley Corniche est ensuite envoyée en France pour être déverminée sur la route. C’est là que les choses se gâtent. En juillet, elle est percutée par un bus. Vanvooren la répare et les essais doivent reprendre mais en août, alors que la Corniche approche de son QG à Châteauroux, une voiture fait un écart devant elle et le pilote donne un coup de volant pour l’éviter. La pauvre Bentley percute un arbre et termine sur le flanc.

Le temps presse : la voiture doit être présentée au public à la fin de l’année. Le châssis est donc renvoyé à Crewe, la carrosserie confiée à un atelier local avant de rentrer elle aussi à l’usine… ou pas. Elle doit embarquer à Dieppe, mais un problème administratif la bloque dans un entrepôt du port. Dehors, l’Europe s’embrase. La douloureuse existence de la Bentley Corniche prend fin un peu plus tard sous les bombes allemandes.

Ému par son sort, un groupe de passionnés issu des fondations Bentley et Sir Henry Royce se lance dans un projet de reconstruction en 2001, soutenu par la marque qui s’implique officiellement en 2018. La division Mulliner repart des schémas d’époque et du stock de pièces (dispersé dans les années 70) pour redonner au châssis original une carrosserie toute neuve.

« Cette magnifique recréation de la Corniche démontre notre savoir-faire incontestable lorsqu’il s’agit de restaurer notre patrimoine, se réjouit Adrian Hallmark, patron de Bentley, et de personnaliser des Bentley modernes. »

La Bentley Corniche sera exposée pour la première fois au Blenheim Palace en septembre lors du Salon Privé. Touchons du bois pour qu’elle arrive à bon port…

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