Le moteur Red Bull est « le plus gros investissement depuis le rachat de Jaguar »

Red Bull Racing construira bientôt son propre moteur en interne. On en parle avec le patron de l'écurie, Christian Horner

| Le 8 mai 2021 |

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Il n’y a jamais eu autant d’agitation à Milton Keynes. Red Bull Racing va construire son propre moteur de Formule 1 sur son site de Milton Keynes, à 1h30 de Londres. Ce dernier deviendra ainsi l’un des deux seuls aux monde (le deuxième étant Maranello) à assembler le châssis et le moteur d’une Formule 1 au même endroit. Certes, la cantine est sûrement meilleure Maranello, mais est-ce qu’ils ont une piste de ski indoor à Maranello ? C’est bien ce qui me semblait.

« Affronter des constructeurs comme Mercedes, Ferrari et Renault, qui construisent des moteurs depuis des décennies…ce n’est pas une mince affaire », reconnaît Christian Horner, directeur de l’écurie Red Bull.

« Et l’intégrer entièrement avec l’équipe châssis, dans les mêmes locaux, fera de nous les seuls avec Ferrari à avoir cette intégration totale. C’est le développement moteur le plus notable depuis la création de HPP [High Performance Powertrains, l’usine des moteurs AMG en F1 à Brixworth] et, avant ça, probablement Cosworth », ajoute-t-il.

Il y a évidemment beaucoup d’argent en jeu. Horner souligne le nombre de personnes qui travaillent sur le moteur (environ 300), et les coûts de tous les équipements et de l’usine. Sans préciser le montant, il affirme qu’il s’agit du « plus gros investissement depuis le rachat de Jaguar [F1] en 2004. »

En effet, Christian Horner est avec Red Bull depuis que le limonadier a racheté à Ford fin 2004 l’écurie de F1 Jaguar, née Stewart Grand Prix en 1997. En 2005, la RB1, première F1 Red Bull, utilise un V10 Cosworth. L’écurie change pour un V8 Ferrari pendant un an en 2006, avant d’entamer une relation aussi fructueuse que mouvementée avec Renault en 2007.

Il a fallu quelques années à l’écurie pour émerger aux avant-postes mais une fois lancée, elle domine et remporte le championnat pilote et constructeur entre 2010 et 2013 avec Sebastian Vettel. Le tandem paraît alors promis à une domination éternelle.

À peine un an plus tard – tandis que le règlement impose désormais les V6 hybrides – Christian Horner affiche publiquement Renault pour ses performances « inadmissibles » et un « moteur manquant largement de puissance. » Les saisons suivantes, la relation avec le motoriste se dégrade spectaculairement, à tel point que Red Bull doit rebadger ses blocs en utilisant la marque Tag Heuer. Le partenariat avec le français se termine définitivement en 2018 et Red Bull fait alors appel à Honda (qui sortait lui aussi d’une relation compliquée avec McLaren) pour lui fournir des moteurs.

Les choses commencent à s’améliorer franchement même si  Lewis Hamilton et Mercedes continent d’écraser la concurrence. Red Bull décroche tout de même trois victoires en 2019 – Max Verstappen finissant troisième au classement général – et deux en 2020, parvenant à faire mieux que titiller Mercedes sur certains Grand Prix

C’est alors qu’à la fin de la saison, Honda annonce son retrait de la Formule 1. « Je pense qu’après que Honda a décidé de se retirer, nous avons vu les avantages d’avoir une vraie relation d’écurie d’usine avec un motoriste. Et ceux de revenir au statut de client. »

« Mais nous ne ferions pas un bon client », se marre Christian Horner.

« Nous sommes très exigeants. Nous sommes très ambitieux. Mercedes n’a pas voulu nous fournir [de moteurs]. Renault non plus, donc nous avions atteint un stade où nous devions prendre notre destin en main et c’est exactement ce que nous avons fait », poursuit-il.

« Le moteur pourra porter un nom plus tard, mais pour le moment ce sera un moteur Red Bull »

Voilà les grandes lignes du programme : Red Bull va utiliser les plans du moteur Honda quand le gel du développement des moteurs sera en vigueur de 2022 à 2024, et potentiellement en 2025 selon l’application des nouvelles règles concernant les blocs des F1. Et ces règles, encore en discussion, ne seront pas, selon Christian Horner « dictées par la philosophie des constructeurs : il s’agit de savoir ce qui est bon pour le sport, ce qui est bon pour le spectacle, pour la compétition, pour les coûts… » En effet, il déplore l’ère turbo-hybride avec son manque de bruit (il s’avoue être un gars de la  » vieille école  » là-dessus), et les coûts prohibitifs.

Une fois le règlement écrit noir sur blanc, Red Bull débarquera avec…un moteur. Le nom que portera ce moteur fait l’objet de nombreuses spéculations. Le patron de Mercedes-AMG F1, Toto Wolff, pense que cela pourrait être Porsche. Il souligne le « secret de polichinelle » concernant le désir de Volkswagen de s’engager en Formule 1.

Nous avons interrogé Christian Horner sur un potentiel partenariat avec Porsche. « Le groupe Volkswagen étudie ce qu’il veut faire à long terme en Formule 1, et nous ne sommes pas en mesure d’attendre. Donc nous avons poursuivi ce projet en interne », déclare-t-il.

« Le moteur pourra porter un nom plus tard, mais pour le moment ce sera un moteur Red Bull », confie le patron de Red Bull. Une collaboration avec Porsche reste une éventualité à surveiller à l’avenir.

Mais l’avenir est encore loin. D’ici-là, il faudra débaucher autant de talents de chez Mercedes-AMG que possible avant que le gel n’entre en vigueur. Le principal est l’ancien ingénieur en chef Mercedes, Ben Hodgkinson, qui arrive chez Red Bull en tant que directeur technique de l’équipe. D’autres prises de guerre chez Mercedes ont été annoncées cette semaine.

« C’est un type génial », dit Horner à propos de Hodgkinson. « C’est lui qui va donner le rythme pour tout ce qui concerne le bloc. Je pense que les ingénieurs moteur sont souvent un peu oubliés et pris pour acquis. Le fait de les avoir tous sous le même toit, dans les mêmes installations et faisant partie intégrante de l’équipe, est extrêmement intéressant. »

« Nous n’avons eu absolument aucun mal à recruter des personnes vraiment talentueuses à de hauts postes. »

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