Jaguar F-Type R (2020)

Avec un nouveau museau et des bouts de SVR dedans, a-t-elle ses chances face à une Porsche 992 ou une Aston Martin Vantage ?

Stephen DOBIE • Niels de GEYER | Le 27 mars 2020 |

Note
globale

8
10

Modèle

Jaguar F-Type R P575

À partir de 126 400 €

Moteur

V8 compresseur, 5 000 cm3, 575 ch, 700 Nm, BVA8, intégrale

Conso

10,7 l/100 km, 243 g/km

Performances

0 à 100 km/h en 3,7 s, 300 km/h

Poids

1 743 kg à vide (DIN)

Verdict

Moins sauvage, toujours aussi fun, la F-Type R cru 2020 est de surcroît plus abordable que l'ancienne SVR qu'elle remplace de facto. Et son charme compense largement ses petites lacunes technologiques.

Je n’avais encore jamais vu une F-Type de cette couleur…

Ça s’appelle le jaune Sorrento et oui, c’est très joli. Exactement le rayon de soleil dont on a besoin en ce moment. À 4 500 € la peinture (voire 8 000 €, si vous la voulez matte), c’est la moindre des choses… Le tarif passe alors allègrement la barre des 130 000 €.

Hors options, la F-Type R attaque déjà à 126 000 € et des poussières, soit beaucoup plus cher qu’une P450 AWD qui dispose elle aussi d’un V8 et de quatre roues motrices.

Comment le justifie-t-elle ?

Avec 125 ch de plus. La R est maintenant exclusivement disponible avec une transmission intégrale (ce qui n’est peut-être pas plus mal quand on se rappelle la fougue très TVResque des premières F-Type V8) et elle hérite de la version 575 ch du V8 5 l à compresseur, qu’on trouvait autrefois sous le capot de la SVR. La F-Type R coiffe donc désormais la gamme, Jaguar n’ayant pas confirmé à ce jour le retour d’une SVR.

Donc c’est la radicale de la famille ?

Hmm, pas vraiment.

Extérieurement, la F-Type a finalement assez peu changé si l’on fait abstraction de son nouveau regard, qui a fait couler beaucoup d’encre. La silhouette et le gabarit n’ont pas bougé, et l’intérieur a juste eu droit à un léger rafraîchissement numérique.

Les évolutions les plus importantes ont eu lieu en dessous. La SVR était peut-être un dragster, mais elle était finalement très civilisée, en tout cas si on ne la provoquait pas toutes aides désactivées. C’était plus une GT avec une bande-son particulièrement sauvage. La nouvelle F-Type R a non seulement hérité de son moteur, mais aussi de ses trains roulants. Elle est donc elle aussi devenue une voiture plutôt docile et bien élevée. D’autant que le démoniaque échappement titane/inconel de la SVR n’est pas du voyage, lui. L’avantage, c’est qu’on peut maintenant mettre le contact sans que toute la ville en soit immédiatement informée.

Et à conduire ?

La direction est meilleure qu’elle a jamais été sur une F-Type. Elle reste à bonne distance d’une Porsche en ressenti, mais c’est précis et intuitif. La suspension, elle, se montre tout à fait conciliante pour une voiture aux performances aussi redoutables.

À l’accélération, c’est du brutal (merci la transmission intégrale de série). 0 à 100 km/h en 3,7 s, c’était réservé à l’élite des supercars il n’y a pas si longtemps. Sans surprise, pas de boîte manuelle au programme (autrefois disponible avec feu le V6, elle a disparu du catalogue en même temps que lui), mais une excellente boîte auto à huit rapports.

Mis à part un tour de taille toujours un peu frustrant sur petite route, on a l’impression de conduire une tout autre voiture que les premières F-Type V8. Coulante à souhait en cruising tranquille, mais toujours prête à jouer si l’on débride l’électronique dans un mode intermédiaire admirablement bien dosé. Par dessus la transmission intégrale typée propulsion, ce filet de sécurité jamais envahissant permet de s’amuser à la demande sans se faire peur.

De là à en demander 130 000 €…

La F-Type R coûte en effet 27 000 € de plus qu’une P450 AWD, ce qui fait beaucoup pour un supplément de puissance assez superflu en pratique sur la route. Mais si on regarde les choses autrement, on peut aussi la considérer comme une version un peu édulcorée de l’ancienne SVR pour 20 000 € de moins.

Par ailleurs, l’équipement est exhaustif. Contrairement à la quasi-totalité de ses concurrents (coucou, Porsche), Jaguar a coché d’office à peu près toutes les options importantes. Il ne manque guère que les freins carbone-céramique (9 925 €), tout sauf indispensables hormis éventuellement pour les mordus de trackdays. Mais comme ces derniers auront de toute façon choisi une 911 GT3… Sinon, comptez 1 072 € pour un pack regroupant climatisation bizone et pare-brise/volant chauffants, et 452 € pour la surveillance des angles morts. Le reste des options ne concerne que des coquetteries de présentation.

Bref, on n’ira pas jusqu’à affirmer que la F-Type R est une bonne affaire mais avec un peu de mauvaise foi, c’est un point de vue qui peut presque se défendre.

Est-ce qu’on aura droit un jour à une version plus velue ?

Aucune idée, mais on croise les doigts pour un Project 9 à la fois plus utilisable que l’ancien speedster Project 7, et plus radical que la défunte SVR qui était surtout une grande gueule.

En attendant, cette F-Type R constitue déjà une offre étonnamment compétitive face à une 911 Carrera S, une BMW M8 ou une Aston Martin Vantage. Certes, malgré son restylage, elle est toujours un peu à la traîne technologiquement. Mais côté caractère, elle ne craint absolument personne.

 

 

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