Sébastien Loeb et Carlos Sainz Sr évoquent le futur du WRC

Deux légendes du rallye racontent leurs débuts en Extreme E, et donnent leur avis sur l'électrification du WRC

Greg Potts | Le 5 janvier 2022 |

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À eux deux, Carlos Sainz Sr et Sébastien Loeb détiennent onze titres WRC, trois victoires au Dakar (toutes pour Carlos) et une immense expérience dans tout un tas de disciplines du sport automobile. Coéquipiers chez Citroën il y a vingt ans, ils se sont retrouvés sur le paddock de l’Extreme E pour la saison inaugurale de ce championnat de tout-terrain électrique. Loeb roule pour X44, l’équipe de Lewis Hamilton, tandis que Sainz est copropriétaire et pilote au sein de l’écurie Acciona Sainz XE.

Forts de cette expérience, que pensent-ils du sport automobile électrique ? Est-ce l’avenir du WRC ? Nous leur avons posé la question.

Top Gear : Sébastien, comment s’est passée la première saison d’Extreme E pour vous ?

Sébastien Loeb : « La bataille se joue à un niveau vraiment élevé. C’est une nouvelle discipline pour moi et pour tout le monde, mais elle oppose certains des meilleurs pilotes off-road du monde. »

Top Gear : Et la voiture ?

Sébastien Loeb : « Le moteur est vraiment facile à gérer. Il est parfois compliqué de ressentir la vitesse et la motricité dans une voiture électrique mais au volant de l’Odyssey, ça se passe bien. Il y a de la puissance, le couple instantané est très appréciable. On a du développement à faire sur la suspension et le châssis, mais c’est la même chose pour toutes les équipes et j’ai vraiment aimé piloter cette voiture. »

Top Gear : Le WRC peut-il un jour devenir un sport 100 % électrique ?

Sébastien Loeb : « Les voitures de route sont de plus en plus électrifiées, et le sport automobile a toujours reflété ce qui se passe sur la route. Ce sera plus facile de faire passer à l’électrique certaines disciplines avec des courses courtes, mais pour des choses comme le WRC et le Dakar, cela sera plus compliqué à cause de la longueur des étapes.

Cependant, c’est quelque chose qui s’améliore d’année en année, alors peut-être qu’un jour il sera possible de faire du rallye 100 % électrique. Je pense que l’évolution du WRC avec un système hybride est judicieuse. C’est un pas clair vers l’électrique, et ça s’inscrit dans notre époque. Sans compter que cela profitera aussi aux performances. »

Top Gear : Carlos, comment avez-vous trouvé l’Extreme E jusqu’à présent ?

Carlos Sainz : « Je dirais que globalement c’est prometteur. Nous avons eu quelques problèmes avec la poussière en Arabie Saoudite mais la deuxième course était vraiment intéressante, et exigeante. Courir en face à face est un peu différent de ce à quoi je suis habitué.

Nous n’avons beaucoup de possibilités de réglages : trois pour les ressorts, différentes hauteurs de caisse, et deux pour les amortisseurs. Je dois m’y habituer car j’aime tester et adapter une voiture à mes goûts. Je suis sûr que la deuxième saison sera plus aboutie. »

Top Gear : Pensez-vous que l’Extreme E peut laisser un héritage positif ?

Carlos Sainz : « Je pense que que nous sommes sur la bonne trajectoire. L’enjeu dépasse celui de la course automobile : les scientifiques n’ont cessé de nous prévenir à propos de la planète et des problèmes auxquels nous faisons face. Je suis fier de faire partir de ce projet. L’idée du championnat est excellente. Bien sûr, j’ai couru suffisamment longtemps pour continuer à respecter et à aimer le sport auto traditionnel, mais je suis heureux de participer à cette nouvelle façon d’envisager la course.

Top Gear : Qu’avez-vous pensé du pilotage du buggy électrique Odyssey 21 ?

Carlos Sainz : « C’est difficile pour certaines choses, moins pour d’autres. Par exemple, il n’y a pas de boîte de vitesses, donc pas besoin de réfléchir au rapport à engager, il y a toujours de la puissance. Ça répond très vite, aussi. Il y a beaucoup de domaines où ça facilite la vite, et c’est tout de même plus simple à piloter qu’une voiture conventionnelle. C’est très intéressant et j’ai toujours eu l’esprit ouvert aux nouvelles expériences. »

Top Gear : Le futur du WRC est-il électrique ?

Carlos Sainz : « Pour moi, il est important de laisser le temps aux constructeurs d’opérer cette transition dans de bonnes conditions. Il faut qu’ils le fassent sans nuire au spectacle. Le rallye et la Formule 1 sont passionnants à suivre en ce moment, j’aimerais qu’ils le restent.

Nous voyons aujourd’hui en Formule 1 à quel point les voitures sont fantastiques en termes d’efficience et de puissance par rapport aux kilos de carburant qu’elles embarquent. En attendant les carburants synthétiques et ce genre de chose.

En WRC, l’avenir est assurément à l’hybridation mais il est important de préserver l’ADN de la discipline, donc le spectacle, la diversité des terrains, la vitesse, et le défi que représente le pilotage de ces voitures. Tout ça doit aller ensemble, et mettre trop de pression sur les constructeurs risque d’être contre-productif. Je pense qu’il faut donner le temps à ce sport d’aller dans la direction qui est la bonne. »

 

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