L’Extreme E est le championnat dont le climat avait besoin

Le fondateur de la Formule E Alejandro Agag lance une compétition de rallye tout-électrique

Stephen Dobie • Valentin Langard | Le 8 juillet 2019 |

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Bienvenue en Extreme E, le nouveau championnat tout-électrique qui applique l’esprit Formule E au rallye-raid façon Dakar. Forcément, on doit cette nouvelle discipline… au fondateur et dirigeant de la Formule E, Alejandro Agag, avec l’ancien champion CART/Indycar et actuel directeur sportif de McLaren.

Le prototype en images s’appelle Odyssey 21 et a été construit par Spark Racing Technology : ses 550 chevaux peuvent propulser ses 1650 kg de 0 à 100 km/h en seulement 4,5 secondes. Ce qui nous intéresse véritablement cela dit, c’est de savoir s’il sera en mesure de grimper des pentes à 130 degrés ou si ses batteries peuvent survivre à la nature tortueuse des sports mécaniques tout-terrains.

En tout cas, pas question de grands raids de plusieurs centaines de kilomètres, ni même de spéciales de quelques dizaines. Les voitures s’affronteront deux par deux sur une boucle de de 5 à 10 km mêlant des terrains aussi variés que grandioses, avec un système de poules et d’éliminatoires façon Race of Champions.

Tout comme pour la Formule E, Alejandro Agag est allé chercher quelques grands noms pour assurer sa crédibilité. Williams s’est occupé des batteries, Continental des pneus. L’idée est de faire venir les constructeurs – comme ils l’ont fait en Formule E. Il sera même plus évident pour eux de mettre en avant leurs produits puisqu’on nous dit que la carrosserie de l’Odyssey devrait être facilement remplaçable.

Tandis que le championnat de monoplaces se concentre sur les villes, l’Extreme E souhaite s’éparpiller sur le globe, plus loin même que là où se déroulent les rallyes-raids actuels. L’idée est d’éveiller les consciences sur le changement climatique et d’avertir sur l’urgence de la situation. Oui, vraiment.

« On pense que les sports mécaniques peuvent vraiment faire bouger les choses en faveur de l’environnement », explique Agag à Top Gear. « Beaucoup plus de personnes regardent du sport automobile que des documentaires sur l’environnement, par exemple. On peut s’en servir pour faire passer un message. Un message fort. »

Il y a déjà une véritable volonté de réduire l’empreinte carbone. Plutôt que de faire voler les voitures d’une étape à l’autre – qui pourraient se trouver n’importe où entre la forêt amazonienne et le Pôle Nord – elles voyageront toute la saison par bateau. Lors de l’inauguration du championnat en 2021, elles quitteront donc la terre ferme au mois de février avant de n’y revenir pour de bon qu’au mois d’octobre. Les pilotes et les mécaniciens par contre, continueront de voler…

« On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs », nous dit Agag. « Ce ne sont pas les gens qui restent allongés à rien faire et disent ‘’moi je ne produis pas d’émissions en restant allongé à rien faire’’ qui font bouger les choses. Pour se débarrasser du C02 définitivement, il faut en créer encore un peu ».

Et pour l’impact local ? « Il disparaîtra dès que les gens verront où l’on court. Nous n’irons pas dans de magnifiques environnements pour les détruire ; nous irons dans des endroits où tout est détruit, des jungles où tous les arbres ont été coupés, là où la simple roche a remplacé les glaciers. Nous irons sur des plages pleines de plastique et les nettoierons de fond en comble. »

Les agences environnementales surveillent le projet de près, nous dit-il, et n’ont pour l’instant pas émis de critiques à l’encontre de l’Extreme E. Le sport sera uniquement retransmis à la télévision et sur le web. Pas de spectateurs sur place, donc pas de tribunes construites ni de marées humaines souvent peu respectueuses du lieu dans lequel elles se trouvent.

Et les pilotes ? Comme en Formule E, Agag veut des grands noms. « Je voudrais des champions de rallye, rallycross… même des pilotes de monoplace. Il s’agit d’une vraie course, pas d’une démonstration. Il y aura de la bagarre parce que c’est ce que les gens veulent voir. On veut mettre en avant les problèmes environnementaux, mais le sport passe avant tout, c’est la clé. »

C’est donc assez logiquement qu’on lui glisse le nom de Sébastien Loeb à l’oreille, le pilote de rallye le plus titré de l’histoire et quelqu’un qui aime s’essayer à d’autres disciplines. « On adorerait avoir Loeb. Ce genre de personnes apporteraient un vrai plus au championnat. Mais on souhaite que nos pilotes disputent la saison entière. Il s’agira d’un vrai championnat avec classement. »

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