F1 : Sebastian Vettel quittera Ferrari fin 2020

Qui pour remplacer le quadruple champion du monde ?

Jason BARLOW • Niels de GEYER | Le 12 mai 2020 |

Sebastian Vettel

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La saison prochaine, Sebastian Vettel ne pilotera plus une Ferrari. Après les rumeurs de ces derniers jours, l’Allemand a confirmé que les négociations entre son écurie et lui n’auraient pas de suite.

« Ma relation avec la Scuderia Ferrari s’achèvera à la fin de 2020, explique Vettel. Pour obtenir les meilleurs résultats possibles dans ce sport, il est vital que toutes les parties prenantes travaillent en parfaite harmonie. L’équipe et moi-même avons réalisé qu’il n’y avait plus de volonté de rester ensemble au-delà de la fin de la saison. »

« Les questions financières n’ont joué aucun rôle dans cette décision commune. Ce n’est pas ma façon d’envisager ce genre de choix, et ça ne le sera jamais. »

« Nous avons pris cette décision d’un commun accord avec Sebastian, confirme le directeur de la Scuderia, Mattia Binotto. Elle nous est apparue comme la meilleure pour les deux parties. Il n’a pas été facile d’en arriver à cette conclusion étant donné la valeur de Sebastian en tant que pilote et en tant que personne. »

« Aucune raison particulière n’a dicté ce choix, sinon la conviction partagée en toute amitié que le temps était venu de nous séparer pour atteindre nos objectifs respectifs. »

Cette annonce ajoute encore une péripétie à une (non-)saison 2020 déjà surréaliste, mais elle n’est pas si surprenante. Si Vettel parlait encore de reconduire son contrat à Maranello le mois dernier avant même que la saison débute sur la piste, Ferrari n’était manifestement pas d’accord avec son ancien pilote vedette sur les termes de cette prolongation, qu’il s’agisse de rémunération ou de durée.

C’est une triste fin pour une association qui promettait beaucoup mais n’a jamais vraiment décollé. Beaucoup pressentaient que Vettel n’allait pas avoir la vie facile avec l’arrivée de Charles Leclerc. Le jeune Monégasque leur a donné raison en imposant son incontestable domination statistique, surpassant son expérimenté coéquipier au nombre de victoires, de pole positions et de points. La rivalité entre les deux pilotes n’a pas été sans créer des tensions qui ont constitué l’un des principaux feuilletons de la saison 2019, s’achevant sur une collision fratricide lors du Grand Prix du Brésil. En décembre dernier, Ferrari reconduisait Leclerc pour cinq ans et, malgré les paroles lénifiantes de Binotto, recentrait de facto son avenir autour de sa nouvelle star.

Tout ceci n’a évidemment pas contribué à mettre Vettel en confiance. Il est souvent apparu hors-sujet en 2019, commettant de nombreuses erreurs en piste. Il était passé bien plus près du titre en 2017 et 2018, avec cinq victoires lors de chacune de ces deux saisons, mais la fébrilité de la Scuderia et de son pilote ne leur a pas permis d’ébranler la supériorité technique et stratégique de Mercedes.

Tout le temps libre de cet étrange début de saison et la chute de son piédestal au sein de Ferrari ont peut-être mené Vettel à la conclusion qu’il en avait tout simplement assez. On parle d’un pilote qui, par rapport à beaucoup de ses confrères, n’a jamais perdu le sens des réalités, et d’un père de trois enfants de moins de six ans. Comme Fernando Alonso avant lui, il a tenté de marcher dans les traces de Michael Schumacher en ramenant au sommet l’écurie la plus mythique du paddock. Et comme Fernando Alonso, il a échoué. Il en prend aujourd’hui acte avec pragmatisme, mais aussi une certaine mélancolie.

« Ce qui s’est passé ces derniers mois a conduit beaucoup d’entre nous à réfléchir sur nos vraies priorités dans la vie, précise en effet Vettel. Il faut recourir à son imagination et adopter une nouvelle approche face à une situation qui a évolué. De mon côté, je vais prendre le temps nécessaire pour réfléchir sur ce qui compte vraiment à propos de mon avenir. »

Pas forcément les mots d’un homme qui brûle d’en découdre à nouveau au volant d’une F1, donc.

La question est maintenant de savoir qui le remplacera chez Ferrari. Daniel Ricciardo, qui ronge son frein chez Renault, est depuis longtemps dans le collimateur des rouges. Carlos Sainz, très apprécié chez McLaren, pourrait être séduit. Tous deux semblent avoir le tempérament pour supporter l’atmosphère toujours très particulière au sein de la cocotte-minute de Maranello, satisfaire les tifosi, et travailler en bonne intelligence avec Leclerc. Ce dernier pourrait aussi être rejoint par Antonio Giovinazzi, autre poulain de la Ferrari Driver Academy et actuellement pilote Alfa Romeo. À moins que le jeune retraité Nico Hülkenberg, lui aussi dans les petits papiers de la Scuderia à une époque, se rappelle à leur bon souvenir…

Autre hypothèse si Mercedes venait à quitter la discipline à la fin de la saison, comme il en a été question avant que le coronavirus vienne figer la planète automobile : l’arrivée d’un Lewis Hamilton en quête d’un dernier défi en rouge. Liberty Media (propriétaire des droits de la Formule 1) et les scénaristes de Drive to Survive signeraient sans doute tout de suite…

Et Vettel ? Il reste un quadruple champion du monde, vainqueur de 53 Grand Prix. Hamilton l’a copieusement dominé durant l’ère hybride, et on voit mal comment une saison 2020 tronquée, si elle finit par avoir lieu, pourrait rester dans les annales. Ce ne sera pas le premier grand nom à perdre son pari chez Ferrari, et ce ne sera pas le dernier. Où le retrouvera-t-on en 2021 ? Bricoler ses motos de collection dans sa ferme suisse et regarder ses enfants grandir risque soudain de lui paraître bien tentant.

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