Le patron d’Alfa Romeo : « Je ne veux pas vendre un iPad avec une voiture autour »

Alfa Romeo a un tout nouveau plan de relance qui inclus une berline 100% électrique pour 2024. Mais cette fois sera-t-elle la bonne ?

Paul Horrell • Cédrik André | Le 15 novembre 2021 |

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Alfa Romeo a un nouveau plan de relance. Encore… Cette fois, on parle d’un lancement majeur chaque année jusqu’en 2027, dont une berline sportive 100% électrique format Giulia en 2024. Bonne nouvelle. Ainsi que plusieurs petits crossovers, ce qui, selon nous, n’est pas franchement le cœur de marché d’Alfa mais bon… On dit ça…

Le problème, c’est que tous les deux ou trois ans depuis 15 ans, Alfa dévoile un nouveau plan de relance sur 5 ans. Et aucun de ces plans n’a réussi à tenir ses promesses que ce soit en nombre de lancements, ou de ventes.

Mais depuis janvier, Alfa a un nouveau patron, le français Jean-Philippe Imparato précédemment aux commandes de Peugeot. Je lui ai parlé de tous ces plans ratés dont le dernier en date a coûté particulièrement cher avec une toute nouvelle plate-forme et une nouvelle usine, pour ne produire que deux voitures, la Giulia et la Stelvio, sur les six promises. Des très bonnes voitures mais dont les ventes sont plus que décevantes (55 000 l’an dernier au total) par rapport à leurs rivales allemandes.

« Oui. Mais vous me connaissez. Faites-moi confiance. » Sous sa direction, Peugeot a amélioré la qualité de ses véhicules, lancé les SUV que le marché attendait et globalement amélioré les valeurs résiduelles de ses produits et donc leur attractivité, bref, produit de meilleures voitures. En d’autres termes, il a fait ce qu’il avait promis là où d’autres avant lui avaient échoué. « Ce plan Alfa est validé et financé par Stellantis (le géant mondial fort de 14 marques dans lequel se trouve désormais Alfa après la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler). »

Stellantis conçoit actuellement trois plates-formes de voitures électriques. Alfa utilisera la plus grande et la plus sophistiquée d’entre elles et nous sommes partis prenante de la conception : « Celui qui nous représente dans cette équipe est celui qui a fait la version GTA de la Giulia. » La plate-forme sera également utilisée par DS, Jeep et Dodge. L’autonomie pourra atteindre 800 km avec des batteries jusqu’à 118 kWh, et une charge 800 V permettant de récupérer 30 km/min.

« Passer à l’électrique est un choix vital que nous devions faire. Et nous l’avons fait. Vous ne pouvez pas être à moitié enceinte. Vous ne pouvez pas vous disperser sur cinq technologies. Nous sommes au point de bascule. »

La première de ces voitures électriques sera donc cette berline sportive en 2024. Et Imparato insiste sur le fait que ce sera une belle voiture. Tout comme il a donné carte blanche à Gilles Vidal chez Peugeot, il soutient le nouveau patron du design d’Alfa, Alejandro Mesonero-Romanos, sur le CV duquel on trouve les concepts Cupra Formentor et Tavascan.

Les Alfas seront légères par rapport aux autres véhicules électriques, nous a-t-il dit. À l’intérieur, il y aura des commandes traditionnelles, et le comportement aura du caractère. « Je ne veux pas vendre un iPad avec une voiture autour. » Il est également sceptique quant à la conduite autonome dans une Alfa. « Ce sera une conduite améliorée mais conduite par l’homme – une expérience augmentée. »

Il est évident qu’Imparato a une tendresse, si non une passion, pour Alfa. « Passer de Peugeot à Alfa, vous ne faites pas ça pour votre carrière. C’est un choix personnel pour moi. J’aime Alfa. J’aime l’Italie. »

Sa berline électrique semble excitante. Mais d’abord, Alfa lancera le petit crossover Tonale en juin (ci-dessous), et un autre plus petit encore. Le Tonale utilise la plate-forme du Jeep Compass (curieusement, dérivé de la Giulietta 2010). La question est, est-ce vraiment le boult d’Alfa de se lancer sur un marché bientôt saturé en allant probablement cannibaliser d’autres petits crossovers du groupe ?

 

 

Imparato rétorque : « J’ai besoin de ces clients pour gagner de l’argent et ainsi alimenter le passage aux véhicules électriques. Si je ne construis que des voitures à 100 000 €, je n’aurai pas de marché. Et les concessionnaires non plus. » souligne-t-il.

« Quand vous conduisez le Tonale, c’est clairement une Alfa. C’est pourquoi j’ai retardé le lancement de trois mois. J’avais besoin d’obtenir le bon CO2 (c’est un PHEV) ET le bon comportement routier. »

Si la prochaine Giulia et les crossovers commencent à gagner de l’argent, Imparato sait ce qu’il veut faire après. Une Spider a été conçue et présentée aux concessionnaires. Mais il insiste sur le fait qu’il doit rester « sur ma liste de rêves » jusqu’en 2027 au moins. Et ensuite seulement, si l’entreprise est solide…

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