Bugatti et Rimac, c’est fait

C'est désormais une start-up électrique croate qui, avec Porsche, détient le plus grand nom de l'automobile

Jack Rix | Le 5 juillet 2021 |

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Les rumeurs étaient donc vraies : Rimac et Bugatti unissent leurs forces pour former une nouvelle entité, Bugatti Rimac. « Nous centraliserons nos connaissances, nos technologies et nos actifs afin de créer des projets très spéciaux dans le futur », a déclaré Mate Rimac.

Pour faire court, les marques Bugatti et Rimac continueront à exister chacune de leur côté et conserveront leur usine et leur réseau respectifs. Donc pas d’hypercar badgée Rimac-Bugatti à l’horizon. La nouvelle coentreprise Bugatti Rimac planchera en revanche sur les futurs véhicules des deux marques en combinant leurs ressources et leur expertise.

Bugatti Rimac représentera 430 emplois directs quand l’accord prendra effet fin 2021, dont 300 au nouveau siège de Zagreb et 130 à Molsheim. Les Bugatti continueront d’être construites à Molsheim, la Chiron et la Nevera poursuivent leur carrière comme si de rien n’était… mais après ?

La conversion de Bugatti au tout électrique paraît inéluctable. Ce sera cependant plus nuancé que ça, promet Mate Rimac. « Nous ne nous contenterons pas de mettre des badges Bugatti sur une Nevera, ou d’hybrider la Chiron. Nous sommes en train de développer quelque chose d’entièrement nouveau pour Bugatti. »

Mate Rimac annonce par exemple que le moteur thermique refera une apparition sur une toute nouvelle Bugatti hybride, qui sera vendue parallèlement à un deuxième modèle Bugatti 100 % électrique. Les deux arriveront d’ici la fin de la décennie.

« L’histoire de Bugatti signifie que nous pouvons faire plus que de simples hypercars.  On a là une occasion de faire des voitures vraiment intéressantes », explique-t-il en contenant un sourire. Mais pour l’instant, l’annonce officielle concerne essentiellement la structure de l’ensemble.

Rimac ne rachète pas Bugatti, ce serait trop simple. Les capitaux n’ont d’ailleurs pas changé de main. Un nouveau Rimac Group (possédé à 37 % par Mate Rimac, à 24 % par Porsche, à 12 % par Hyundai Motor Group et à 27 % par d’autres investisseurs) devient la maison mère de Bugatti Rimac (55 % Rimac, 45 % Porsche) d’un côté et de Rimac Technology (100 % Rimac Group) de l’autre. Rimac Technology reste donc une entreprise indépendante qui continuera à travailler avec pléthore d’autres constructeurs sur les motorisations électriques, batteries et autres composants.

Comme vous l’aurez sans doute remarqué, Porsche est le pilier de ce nouvel ensemble. En échange de ses 45 % au capital de l’entité Bugatti Rimac (en plus des 24 % qu’il possédait déjà dans Rimac), Porsche exfiltre Bugatti du groupe Volkswagen pour l’intégrer à la coentreprise.

« Nous combinons la forte expertise de Bugatti sur le marché des hypercars avec l’immense force innovatrice de Rimac dans le domaine prometteur de la mobilité électrique », résume Oliver Blume, PDG de Porsche. « Bugatti apporte une marque riche d’une tradition et de produits mythiques, une clientèle fidèle et un réseau global à la coentreprise. En plus de sa technologie, Rimac vient avec de nouvelles approches en matière de développement et d’organisation. »

Le groupe Volkswagen semble donc avoir finement joué. En se délestant d’une affaire très coûteuse en R&D pour une rentabilité hasardeuse, il peut se recentrer sur ses marques de plus grande diffusion et leur transition vers l’électrique, tout en touchant sa part des futurs profits de Bugatti via Porsche, qui se retrouve en position idéale pour apprendre du savoir-faire électrique de Rimac,… qui pourra ensuite essaimer chez Audi, Bentley et Lamborghini le moment venu.

Du haut de ses 33 ans, Mate Rimac, qui a fondé Rimac Automobili en 2009, se retrouve PDG de Rimac Group et à la tête aussi bien de Bugatti Rimac que de Rimac Technology. Voilà qui devrait l’occuper. « C’est un moment vraiment exaltant dans la courte mais prospère histoire de Rimac Automobili, se réjouit-il. Nous avons traversé tant de choses en si peu de temps, mais ce nouveau partenariat nous fait prendre une tout autre dimension. »

« Rimac et Bugatti, c’est un mariage idéal compte tenu de ce chacun met au pot. En tant qu’entreprise de haute technologie, jeune, agile et réactive, nous nous sommes imposés comme un pionnier de l’industrie dans les technologies électriques. Avec la Nevera, nous avons aussi prouvé que nous pouvions développer et produire de formidables hypercars, non seulement performantes mais désirables et de haute qualité. Bugatti, avec plus d’un siècle d’expérience [nettement moins tout de même en existence effective, NDLR] au firmament de l’ingénierie, possède aussi l’un des héritages les plus exceptionnels parmi tous les constructeurs dans l’histoire de l’automobile. »

« Nous venons de lancer notre dernière hypercar, la Nevera, qui a fait l’unanimité. Je ne peux donc même pas vous dire à quel point je suis enthousiaste devant le potentiel de ces deux marques incroyables combinant ainsi leurs compétences, leurs technologies et leurs valeurs pour créer des projets vraiment hors du commun à l’avenir. »

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